
La canicule qui touche actuellement l’Europe est le sujet du moment. Les chaleurs historiquement exceptionnelles qui affectent grandement notre quotidien ne sont malheureusement que la suite logique du réchauffement climatique annoncé depuis des décennies déjà par les militant.e.s écologistes et les scientifiques . Les températures qui ont dépassé les 35 degrés en Suisse et les 40 en France au mois de juin 2026 pourraient être la nouvelle normalité d’ici quelques années. Alors que certains pays du Sud global subissent le dérèglement climatique depuis bien longtemps, nos pays européens semblent, pour la première fois, réaliser l’impact direct sur nos vies de ce qui est pourtant indiqué de longue date par des organismes tels que le GIEC. Les effets du réchauffement climatique sont bien réels, parmi lesquels la canicule, ils sont là et ne vont que s’empirer avec le temps. Dans ce contexte, nous voulons proposer ici des pistes de réflexions et participer au débat sur ce qui peut et doit être fait par la gauche révolutionnaire afin d’empêcher la catastrophe.
Si nous voulons enrayer le réchauffement climatique, il est urgent d’agir, nous devons repenser notre manière de vivre et surtout de produire. Aujourd’hui, une grande partie des discours se concentrent sur des démarches de changement de consommation individuelles alors que c’est seulement par une collectivisation des moyens de production que nous pourrons avoir un vrai impact sur la situation climatique.
C’est aussi une question de survie, car comme toujours ce sont les classes populaires et les personnes vulnérables qui sont les plus touchées, pendant que la bourgeoisie capitaliste vit dans son monde climatisé. Des chantiers aux ateliers, cuisines ou bureaux, les travailleuses et travailleurs se retrouvent dans des conditions de travail invivables. Les logements dans lesquels ils vivent sont bien souvent mal isolés et pas conçus pour affronter des chaleurs caniculaires. Les hôpitaux et EMS, dont le personnel de soin est déjà fréquemment surchargé, doivent aussi faire face à ces problèmes. En France, c’est environ 30% de décès en plus sur la troisième semaine de juin, dont une explosion de 90% des décès au domicile. Le monde agricole est aussi durement touché avec une sécheresse qui affecte la production alimentaire.
La production, nœud du problème
À grande échelle, il est impossible de parler d’écologie et de combattre le réchauffement climatique sans aborder notre système de production capitaliste. En effet, l’économie libérale est pensée pour vendre et maximiser les profits pour une minorité. Pour cela, elle a besoin d’une croissance continue et infinie qui s’oppose aux limites de notre planète. Toute la chaîne de production est donc pensée pour produire le moins cher possible et vendre le plus possible. Dans la pratique, cette logique se traduit notamment par la délocalisation de la production vers les pays du Sud global ainsi que le pillage de leurs ressources, le recours à l’obsolescence programmée et un marketing omniprésent, souvent agressif. Ce qui prime est moins la durabilité ou l’utilité des produits que leur capacité à alimenter la consommation, la durabilité étant d’ailleurs fréquemment réduite à un simple argument de communication relevant du « capitalisme vert ».
Bien souvent nous entendons des injonctions morales à modifier individuellement notre manière de consommer afin de changer le cours des choses. Cette posture est un fruit de la pensée libérale qui nous empêche d’aborder le fond du problème. Or l’écologie n’est ni une question individuelle, ni une question de morale, il s’agit d’une réalité matérielle et éminemment politique, qu’il faut donc comprendre dans une perspective collective et politique. Sans cette approche, la question écologique se retourne contre les classes populaires, qui, en plus de peiner à boucler la fin du mois, se font faire la morale sur l’installation d’une climatisation dans leur appartement ou critiquer sur le fait de prendre l’avion durant l’une de leurs quatre semaines de vacances annuelles. Cela repose aussi sur une mauvaise compréhension du fonctionnement du capitalisme dont le socle n’est pas la consommation (individuelle), mais bien la production : notre consommation s’adapte au mode de production et pas l’inverse.
Économie planifiée et réappropriation des moyens de production : une nécessité écologique
Le désastre écologique et humain auquel nous faisons face, et qui ne fera que s’aggraver dans les années à venir, exige un changement radical. La bourgeoisie capitaliste et les élites financières n’ont aucun intérêt à un changement du mode de production. Ils en tirent tout leur profit et s’enrichissent en fabulant déjà sur une conquête future de l’espace afin de continuer leur croissance économique.
Le mouvement communiste s’est quant à lui toujours battu pour se réapproprier les moyens de production. Or cet objectif doit redevenir central, car il est le seul moyen de pouvoir arrêter le réchauffement climatique. En devenant collective, la production ne sert plus une élite qui engrange toujours plus de profit, elle permet au contraire de mettre en place une économie planifiée qui sert les besoins réels du peuple. La quête de croissance sans fin peut ainsi être stoppée, l’impact écologique maîtrisé et l’industrie peut, de cette façon, être repensée et recentrée sur des objectifs politiques de nécessité et non de rendement économique.
Dans le passé, nous avons vu divers exemples de plans industriels pensés afin de répondre à des besoins et pas centrés sur le profit. Dans la Chine des années 1950, pour répondre au besoin de modernisation égalitaire, le Parti communiste décida d’un plan qui visait à ce que chaque foyer puisse avoir un vélo, une montre, une machine à coudre et un poste radio. En URSS, le même genre de plan a été développé pour les montres ou la voiture. De plus, la production de ces objets de première nécessité était pensée hors de la logique de consommation, le but étant qu’ils soient robustes, durables et facilement réparables, l’extrême inverse des produits de consommation capitalistes.
Nous savons aujourd’hui que la production industrielle et l’agro-industrie produisent à elles seules plus de 50% des gaz à effet de serre de la planète, et cela sans même compter le transport. Il est donc impensable de ne pas y voir la contradiction, fondamentale, entre capitalisme et écologie. C’est seulement en collectivisant les moyens de production que nous pourrons les recentrer sur les besoins de la majorité pour qui freiner le réchauffement climatique est une question de survie.
Renforcer l’internationalisme révolutionnaire et écologique
Si la canicule que nous connaissons cet été semble éveiller les consciences, le réchauffement climatique affecte pourtant sévèrement les pays du Sud depuis de nombreuses années déjà. Ce sont encore ces pays qui voient leurs ressources naturelles être largement exploitées par les puissances occidentales, afin d’alimenter l’accumulation du capital et le fonctionnement du système capitaliste. Si la collectivisation des moyens de production paraît pour l’instant difficile à atteindre, nous pouvons toutefois d’ores et déjà nous attaquer aux grandes multinationales écocidaires qui pullulent dans notre région. Nous devons soutenir les peuples qui luttent pour la défense de leurs ressources et de leurs terres face aux grandes multinationales et entreprises capitalistes. Et la Suisse accueille un grand nombre d’entre elles : Glencore, Syngenta, Tarfigura, Vitol, Holcim et sans oublier le super-pollueur de la logistique MSC pour ne donner que quelques exemples.
La Suisse joue ainsi un rôle central dans l’impérialisme occidental comme prestataire de services, qu’ils soient fiscaux, bancaires ou d’accueil dans une atmosphère politique stable propice au commerce. Nous qui vivons au cœur de la machine capitaliste et avons, aux coins de nos rues, des responsables directs de l’écocide, du changement climatique, du pillage du Sud global et de la canicule qui tue déjà, renforçons l’internationalisme révolutionnaire en nous mobilisant contre eux et en les ciblant lors de nos actions politiques ! Soutenons celles et ceux qui luttent dans les pays du sud !
Les responsables sont ici !
S’organiser collectivement et localement face au changement
Il serait naïf de croire que nous pourrons arrêter le changement climatique et ses conséquences dans un avenir proche. Les catastrophes telles que les inondations, les incendies ou les tempêtes destructrices comme celles que nous en avons vécu dans le Jura l’année passée vont se faire de plus en plus fréquentes. La canicule sera toujours de plus en plus forte. Elle tue déjà nos aîné.e.s et les personnes les plus précaires. Et son impact sur l’agriculture et notre production alimentaire va s’aggraver. Les rendements des cultures vont baisser, le prix des denrées va exploser et nous verrons notre sécurité alimentaire grandement affectée.
Nous devons réfléchir à comment nous adapter et nous organiser collectivement face à ces conséquences extrêmes. Durant la pandémie du Covid, des initiatives de solidarité ont émergé dans plusieurs villes d’Europe. Des distributions de nourriture, des réseaux de voisinage ou encore des brigades populaires ont vu le jour et ont essayé de proposer une réponse collective à la situation extraordinaire que nous vivions. Ces actions de terrain peuvent être une inspiration pour nous aider à construire une solidarité populaire face aux conséquences du réchauffement climatique sans attendre l’intervention de l’État bourgeois.
Soutenir et s’intégrer dans les luttes des travailleuses et travailleurs pour des meilleures conditions de travail face aux chaleurs extrêmes est un autre exemple de possibilité de lutte de terrain. Tout comme les luttes de quartier contre l’abattage d’arbres et les aménagements bétonné ou encore les mobilisations de locataires de logements rendu invivables par la chaleur. Notre place est au cœur de ces mouvements, car ce sont des zones de tension (même minime), entre le système en place et les classes populaires qui se mobilisent. Ils sont un premier pas vers un changement radical.
L’écologie, une question de survie
Face au changement climatique, notre tâche est immense, mais il s’agit d’une question de survie. Les riches pensent et dépensent déjà pour se trouver des solutions, qu’elles soient sur une terre dévastée ou sur une autre planète : ils n’auront aucun remord à sacrifier la majorité de l’humanité pour garder leurs privilèges et sauvegarder leur avenir. Le seul moyen d’éviter cela est de renforcer la lutte des classes afin de collectiviser les moyens de production et de réussir à abattre le capitalisme.
L’écologie ce n’est pas seulement sauver l’environnement, c’est sauver nos vies et notre futur !
Pour l’écologie comme pour le reste, classe contre classe !
Communisme ou canicule !
Ligne Rouge, Août 2026